Colette à Anne - Marie Lizin

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Anne Marie Lizin frappée au coeur .jpgMadame Colette Braeckman, grand reporter au journal Le Soir, spécialiste incontestée de l'Afrique des Grands  Lacs ,  qu'elle  parcours depuis tant d'années nous livre ici au travers d'un petit récapitulatif, de la carrière d'Anne - Marie Lizin. 

Quelques traits communs et non exhaustifs, entre les deux femmes, la journaliste et la femme politique. Fidélité et Amitiés durables. Ne rien lâcher des causes et de leurs convictions. Une lutte pour l'émancipation de la femme avec un grand "F".

 

 

 

Une Piqûre de rappel ne fait jamais de mal. au contraire. Merci Colette

Note de la rédaction. 

 

Voir le blog de Colette Braeckman en cliquant ici

 

Le texte de ce 18 octobre 2015, écrit par Colette Braeckman 

 

Titre : Anne - Marie Lizin frappée au Coeur 

 

Anne-Marie Lizin a-t-elle emporté son carnet d’adresses ? On l’avait peut-être oublié, mais l’ex-bourgmestre de Huy était l’une des femmes des plus connues de Belgique sur le plan international, qui avait noué aux quatre coins de la planète des amitiés fidèles et des contacts utiles.

Depuis ses débuts au cabinet d’Henri Simonet, à la fin des années 70 jusqu’à son poste de présidente du Sénat, Anne-Marie Lizin avait développé un sens extraordinaire des relations humaines. Par curiosité d’esprit, pour le plaisir de côtoyer les grands et les puissants, peut-être. Mais surtout parce que cette femme engagée, féministe, avait le sens de la solidarité internationale ; elle se souciait des peuples opprimés, avait suivi et soutenu les mouvements de libération, et avait gardé le contact lorsque les contestataires d’hier avaient à leur tour accédé au pouvoir, s’y installant souvent pour longtemps, comme à Cuba ou en Angola…

 

Lors de son passage au cabinet Simonet, elle avait noué le contact avec les mouvements de libération des anciennes colonies portugaises, suivi de près la lutte contre l’apartheid, et n’ignorait aucun des opposants à Mobutu. Elle connaissait personnellement Arafat, Fidel Castro, s’était rendue à d’innombrables reprises en Algérie, y compris en franc tireur pour ramener des enfants à leur mère, connaissait le Moyen Orient et le monde arabe comme sa poche…

Au Congo, elle avait connu Laurent Désiré Kabila durant ses années d’exil, et, l’une des seules Belges à être invitée au mariage de son fils Joseph, elle n‘hésita pas à faire l’aller retour, entre deux avions, deux conseils communaux, cinquante rendez vous…Certes, Anne-Marie bousculait, dérangeait.

Toujours impeccablement mise, elle n’hésitait guère à s’asseoir au premier rang, au grand dam parfois des diplomates de carrière qu’elle éclipsait par son brio, son entregent, et qu’elle n’hésita pas à mettre à contribution lorsqu’elle brigua, en vain, la direction de l’Unicef.

Mais elle brillait aussi par sa connaissance des dossiers, son sens des relations humaines. Par la suite, lorsqu’elle occupa la présidence du Sénat, elle donna à l’institution un éclat inégalé, invitant à l’Assemblée des personnalités venues du monde entier, des femmes de renom, des défenseurs des droits de l’homme, des militants, aussi bien que des personnalités politiques…

Dans un autre pays, les talents, les contacts d’ une personnalité comme Anne-Marie Lizin auraient été utilisés au service de la diplomatie, de l’humanitaire, elle aurait été chargée de mission, ambassadeur itinérant, que sais je…

Mais en Belgique, cette femme entreprenante et parfois trop voyante faisait des jaloux. Elle n’entrait pas dans le rang, ne suivait pas les consignes, demeurait un franc tireur de la politique même si elle avait accédé aux plus hautes sphères, entretenu des relations de haut niveau y compris en France et aux Etats Unis. Elle était aussi demeurée fidèle à ses engagements de jeunesse, la cause des femmes, la libération des peuples, sans jamais oublier sa ville de Huy où elle fut très populaire, non seulement parce qu’elle y attira des personnalités et des artistes venus du monde entier mais aussi car elle se souciait des plus modestes de ses concitoyens.


Bien sûr, elle n’était pas discrète, et dans son parti, elle ne jouait pas sur toutes les nuances de gris, leur préférant le rouge de l’internationale et beaucoup ne lui pardonnèrent pas d’être hors norme, hors cadre, d’avoir une tête qui dépassait du rang et une voix qui portait trop loin. Comme toute personnalité politique, elle suscita des critiques, des inimitiés, elle commit des erreurs, peut-être des fautes et fut sommée de les payer cash.


Mais méritait-elle pour autant le véritable lynchage médiatique dont elle fut la cible ? Il est des chroniqueurs, des humoristes, des enquêteurs de bocal et des redresseurs de torts à la petite semaine qui doivent peut être, peut-être, se sentir un peu mal depuis qu’elle s’est éclipsée. Car ils ont frappé avec persévérance, parfois juste mais toujours dur, ils ont frappé en plein cœur et c’est le cœur qui, précisément, a fini par lâcher…Anne-Marie Lizin, qui n’hésitait pas à tutoyer les plus grands, aurait mérité des adversaires d’un autre format…

 

Colette Braeckman 

 

 

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