nicolas sarkozy et la rdc

  • Le Président Nicolas Sarkozy et la R.D. Congo

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    qui reprend in extenso l’interview du Président français,

    en l’occurrence, Monsieur Nicolas Sarkozy. Il répond aux

    questions des journalistes de cinq journaux, « Le Potentiel,

    La Phare, L’observateur et la Tempête des Tropiques…

     

     

    Grâce aux bons offices de l’Ambassade de France

    à Kinshasa, le président français Nicolas Sarkozy a

    accordé une interview exclusive. Au centre, le

    discours que le chef de l’Etat français avait

    prononcé, le 16 janvier 2008 à l’Elysée, devant

    le Corps diplomatique à l’occasion d’une cérémonie

    d’échange de vœux. Réponses du président Nicolas

    Sarkozy aux questions qui lui ont été posées

    par les cinq journalistes congolais

            

               L’interview….

    M. Le Président, certains passages du discours

    que vous avez prononcé le 16 janvier, à l’occasion

    des vœux au Corps diplomatique, ont soulevé

    une vive polémique à Kinshasa. L’élite et la

    population congolaises souhaitent connaître le

    sens que vous donnez aux trois expressions

    suivantes : «  Cela met en cause la place, la

    question de l’avenir du Rwanda avec lequel la

    France a repris son dialogue, pays à la

    démographie dynamique et à la superficie

    petite. Cela pose la question de la République

    démocratique du Congo, pays à la superficie

    immense et à l’organisation étrange des richesses

    frontalières » ; « Il faudra bien qu’à un moment

    ou à un autre, il y ait un dialogue

    qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel

    mais un dialogue structurel » ; « Comment, dans

    cette région du monde, on partage l’espace, on

    partage les richesses ».

     

    Réponse

    La France a toujours été, et elle restera toujours un

    allié fidèle de la RDC. Elle l’a été au long des années

    de la transition ; elle l’a été chaque fois que l’unité du

    Congo a été menacée. Elle cherche à aider le Congo à

    sortir de l’instabilité, à retrouver la paix et la stabilité.

    Je constate une chose : aujourd’hui, en dépit de tous

    les efforts accomplis, la paix ne s’est pas encore

    imposée au Congo et dans la région. Et les victimes,

    ce sont toujours les civils innocents des provinces

    orientales du Congo. Ces souffrances doivent cesser.

    Tous les Congolais ont droit à la paix et à la stabilité.

    La RDC a besoin de se développer – à l’Est comme dans

    toutes les provinces du pays –, de faire fructifier les

    richesses qui lui appartiennent, de prendre son

    avenir en main plutôt que de subir des guerres

    injustes et injustifiables. Le temps est venu de tourner

    la page de ces quinze dernières années. Alors

    je m’interroge : faut-il faire plus ? Faut-il faire mieux ?

    Faut-il faire autrement ?

    Les polémiques n’ont pas lieu d’être et les procès

    qui nous sont faits sont sans fondement. Je

    voudrais souligner quelques idées simples. Il y

    a des principes sacrés : la souveraineté de la RDC,

    le respect de son intégrité territoriale,

    l’intangibilité de ses frontières. La France s’est toujours

    battue pour ces principes. Ce n’est pas avec

    moi que cela changera. Il y aussi une évidence :

    la RDC, c’est le cœur-même de l’Afrique, autour

    duquel le continent s’articule. Ses richesses

    potentielles sont immenses et pourtant, les

    Congolais n’en profitent pas, ou pas assez. Je suis

    désolé de vous le dire, mais quelque chose

    ne tourne pas rond !

    Ma conviction, c’est que le retour de la paix

    doit s’accompagner d’un dialogue de fond. Regardez

    ce que nous avons fait en Europe : nous avons

    surmonté nos déchirures et nos divisions, surmonté

    les blessures si profondes de trois guerres entre

    la France et l’Allemagne en particulier, pour

    construire, à partir de projets concrets et dans le

    strict respect des Nations qui la composent, une

    Europe de paix et de prospérité. Bien sûr cela

    nous a pris du temps. Mais cela nous a permis

    la reconstruction ; cela nous a apporté une prospérité

    sans égal et l’essor de nos économies ; cela nous

    a apporté aussi la stabilité et la paix. Alors, au

    nom de quoi les pays autour des Grands

    Lacs seraient-ils condamnés à la répétition

    des guerres et au malheur ? Ne peuvent-ils

    surmonter cette fatalité que, pour ma part, je

    refuse ? Je veux croire en l’avenir.

    L’intérêt des Congolais et des pays de la région,

    c’est de susciter des projets qui fédèrent plutôt

    que subir des appétits qui divisent, de couper à

    leur racine les causes de la rivalité, de la désunion

    et du malheur. Des institutions existent déjà,

    comme la Communauté Economique des Pays

    des Grands Lacs. Alors il faudrait la revivifier, et

    peut-être même aller plus loin.

    C’est dans cet esprit que je voudrais lancer

    quelques idées : les pays de la région, de

    l’Angola au Burundi, et pourquoi pas à la Tanzanie

    aussi, pourraient travailler ensemble, comme

    nous l’avons fait en Europe, pour structurer

    leurs marchés, organiser des filières agricoles,

    commerciales et industrielles, introduire davantage

    de transparence et de règles, développer les

    ressources énergétiques y compris par des

    micro-projets, assurer la sécurité alimentaire

    et sanitaire, faciliter l’accès à l’eau potable,

    protéger le patrimoine naturel, bâtir des

    infrastructures régionales pour créer de nouvelles

    opportunités et multiplier les débouchés.

    Il y a tant de richesses à créer ou à mettre en valeur.

    Cela suppose de la confiance et ce dialogue

    structuré auquel j’ai fait référence. Cela suppose

    aussi la coopération, qui interdit la prédation ou

    l’exploitation. Et je souhaite insister sur ce point

    Le président Kabila a dit que les décisions doivent

    être prises à Kinshasa, et nulle part ailleurs. Il a

    raison ! C’est aux Congolais eux-mêmes de

    trouver des solutions. C’est vrai aussi à l’échelle

    de toute la région : c’est aux Etats et aux

    populations de discuter, et disons-le, de coopérer

    pour régler les problèmes et retrouver de la

    confiance. La confiance, c’est fondamental. La paix

    ne peut jamais être imposée de l’extérieur.


    Question

    Les Congolais ont l’impression que vous

    cherchez à vous rapprocher du Rwanda, sur

    le dos de la RDC, tout en prenant des

    distances avec vos prédécesseurs qui ont

    décidé l’opération Turquoise en 1994.

    Qu’y répondez-vous ?

             

    Réponse

    Dois-je vous rappeler que vous êtes le premier

    pays francophone du monde ? La France sera

    toujours aux côtés des Congolais. La RDC

    tient une place toute particulière dans le cœur

    des Français. Mais je ne peux pas encourager

    la RDC à dialoguer avec ses voisins sans que

    la France le fasse aussi ! Vous avez tout de

    même noté que je me suis d’abord rapproché

    du président Dos Santos et que j’ai noué un

    partenariat stratégique avec l’Angola sur les

    questions africaines. Et comment pourrais-je

    aider les Congolais si je m’abstiens de

    parler au président du Rwanda ? Ces polémiques

    n’ont aucun sens. La France restera toujours

    fidèle en amitié. Et la France choisira toujours

    la voie du dialogue pour faire progresser

    la cause de la paix.


    Question

    Principale victime de l’opération Turquoise,

    la RDC n’est-elle pas en droit d’espérer un

    dédommagement de Paris ?

     

    Réponse

    Il faut regarder la vérité en face. Il faut

    reconnaître que les événements innommables

    de 1994 ont eu de lourdes conséquences pour

    la RDC. La crise qui frappe l’Est du Congo

    depuis des années a des racines historiques.

    C’est évident. Mais il faut dire aussi que

    ni la France, ni la communauté internationale

    n’ont été les instigateurs de l’arrivée des réfugiés

    hutus rwandais sur le sol congolais. Ces réfugiés

    ont fui leur pays et traversé la frontière de leur

    propre initiative. La France a pris le risque

    d’intervenir quand personne ne bougeait.

    L’opération Turquoise, je le rappelle, a été

    conduite sous mandat des Nations-unies.

    La France dans cette affaire n’a pas agi seule.

    Elle a agi au nom de la communauté

    internationale tout entière. Elle a sauvé des

    vies humaines en 1994, comme elle l’a fait à

    Bunia plus tard avec l’Opération Artémis dont

    tant de Congolais se souviennent. La France

    n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait.

    Mais, s’il vous plaît, tournons-nous vers l’avenir.

     

    Question

    Votre discours semble signifier que la France

    a abandonné les intérêts de la Francophonie

    au profit des intérêts du monde

    anglo-saxon. L’opinion congolaise

    attendait en effet une position française

    favorable à la RDC et se demande

    désormais si la France participe au

    démembrement de la RDC. Quel jeu

    joue exactement la France dans

    les Grands Lacs ?

     

    Réponse

    Mais pourquoi me parlez-vous de démembrement ?

    Qui a dit cela ? Ai-je jamais dit une telle chose,

    si contraire aux positions constantes de la

    France ? Je l’ai dit, et je le répète : la

    souveraineté de la RDC et l’intangibilité de ses

    frontières sont des principes sacrés. Si un pays

    continuera de se battre pour garantir leur plein

    respect, ce sera bien la France.

    Je veux que la RDC retrouve en Afrique toute

    la place qui lui revient. Cela veut dire un Congo

    fort, uni, debout et prospère dans une région

    stable et apaisée. Un Congo qui se développe

    du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Ne nous

    voilons pas la face : cela demandera d’autant

    plus d’efforts et de détermination que la RDC

    est frappée par la crise économique, comme

    le reste du monde. Il n’y a qu’une solution

    possible : il faut se retrousser les manches,

    il faut investir dans l’avenir. Et, excusez-moi

    de le dire mais c’est une évidence, le Congo a

    tout à gagner, aussi, à tisser des liens fructueux

    avec ses voisins, de l’Atlantique à l’océan

    Indien. C’est valable partout ailleurs, alors pourquoi

    pas au cœur de l’Afrique !


    Question

    Lors du sommet de La Baule, le président

    François Mitterrand avait posé entre autres

    préalable à l’aide française au

    développement des pays africains, la

    démocratie, la bonne gouvernance et le

    respect des Droits de l’Homme. A vos yeux,

    la RDC satisfait-elle à cette conditionnalité ?

     

    Réponse

    La RDC est une jeune démocratie. Peu de

    processus électoraux en Afrique, ou

    ailleurs, sont aussi exemplaires que l’a été

    celui de 2006. Il a coûté 450 millions de

    dollars à la communauté internationale.

    Bien sûr, il y a encore de nombreux défis à

    relever : lutter contre la corruption, structurer

    l’armée, la police, la justice, décentraliser

    une partie des moyens. Beaucoup de

    chemin reste à parcourir. C’est justement

    parce que la France souhaite vous accompagner

    que je viendrai vous rendre visite très

    prochainement.


    Question

    L’un de vos prédécesseurs avait déclaré

    que pour l’Afrique la démocratie est

    un luxe. A ce jour, partagez-vous

    cette opinion ?

     

    Réponse

    De nombreux dirigeants africains avaient dit la

    même chose avant lui mais ce n’est pas le débat.

    Ma réponse est non ; la démocratie n’est pas

    un luxe, c’est au contraire une nécessité. Je ne

    suis pas de ceux qui opposent, un peu

    naïvement, démocratie et développement. Cela

    n’a aucun sens. Je ne crois pas non plus

    à une quelconque exception africaine. Je

    suis également choqué que certains

    responsables politiques africains puissent

    présenter l’exigence démocratique

    comme une simple conditionnalité imposée

    par des partenaires étrangers. Les Africains

    , comme tous les autres peuples, veulent élire

    leurs représentants. L’aspiration à la démocratie

    et au respect des droits de l’homme a été au

    cœur des luttes pour l’indépendance.

    La démocratie est aussi une des conditions

    de l’amélioration de la gouvernance. Elle reste

    la meilleure garante de l’existence de

    contre-pouvoirs et de la capacité des

    administrés à demander aux gouvernants

    des comptes de leur gestion.

    Je ne dis pas pour autant que l’instauration

    de la démocratie est facile, ni qu’elle suffit

    à régler tous les problèmes.


    Question

    La RD Congo est à ce jour le premier

    pays francophone au monde. Pour

    quelles raisons la France paraît-elle la

    négliger, notamment en ce qui

    concerne les facilités nécessaires à

    son épanouissement culturel ainsi que

    dans le domaine de la recherche ?

     

    Réponse

    La Francophonie, parlons-en. Elle nous appartient

    à tous et n’est pas la propriété de la France.

    Savez-vous qu’il y a quelques semaines,

    le Congo a dépassé la France comme premier

    pays francophone du monde ? Et dans

    quelques années, vous serez loin devant !

    Nos relations doivent être à la hauteur de

    ce que nous partageons.

    La France ne néglige pas la RDC en ce domaine.

    Nous partageons la même conviction : la culture

    est l’école de la libre expression, de la libre

    pensée, c’est un pilier de la démocratie. Votre

    pays est connu pour sa créativité culturelle

    et son dynamisme artistique. A Kinshasa,

    comme à Lubumbashi, les centres culturels

    français sont des lieux d’expression privilégiés

    des milieux culturels congolais.

    Au début de cette année, nous avons lancé

    un nouveau programme Francophonie en

    RDC. Il permettra de relancer l’enseignement

    du français à Kinshasa, à Lubumbashi,

    à Kisangani. Je vous annonce que nous

    allons aussi appuyer le développement

    du réseau des Alliances françaises tout

    particulièrement celles de Béni, Bunia,

    Goma, Bukavu, Uvira. C’est un vrai choix

    stratégique. L’éducation est la clé de l’avenir.

    Il y a d’autres projets, mais j’aurai l’occasion

    d’en parler lors de ma visite.


    Question

    Quel pourrait-être l’apport de la France

    dans le redressement économique de la

    RDC en cette période de crise financière ?

     

    Réponse

    Il n’y aura pas de redressement sans paix

    durable. A ce titre, la France veut continuer à

    accompagner la RDC sur le chemin de la paix.

    Ensuite, il faut un véritable plan de reconstruction

    concerté du pays. Pour cela, il faut de grands

    moyens. La France ne peut pas jouer ce rôle

    toute seule. Alors je réfléchis à la manière de

    consulter nos grands partenaires pour que

    nous puissions tous ensemble aider la RDC

    à se reconstruire. Et puis il faudra attirer

    davantage d’investissements privés. C’est

    pour moi un enjeu central. La France veut

    là aussi jouer tout son rôle. J’aborderai

    ces sujets lors de ma visite.


    Question

    Dans le cadre de son aide à la RDC, que

    choisirait la France entre les priorités

    suivantes : créer des emplois pour

    venir en aide aux populations démunies,

    doter le pays d’une armée dissuasive,

    lutter contre la destruction très avancée

    de l’environnement ?

     

    Réponse

    Aucune : il faut aider la RDC dans tous ces

    domaines, et d’autres encore ! La question

    n’est pas de choisir une priorité au détriment

    d’une autre ; la question, c’est d’être le plus

    efficace possible. Je ne ménagerai aucun

    effort pour convaincre tous les partenaires

    internationaux de s’engager avec moi aux

    côtés des Congolais. Mais au final, le destin

    du Congo est dans les mains des Congolais.

    L’avenir leur appartient. Et je sais qu’ils

    peuvent faire de grandes choses.

     Nicolas_Sarkozy

    Le Chef de l'Etat français...