thierry michel

  • La censure frappe les femmes

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    L'homme qui répare les femmes, Kivu, Thierry Michel, Colette BraeckmanCensurez, c'est ainsi que les mythes se créent. Ce qui est censuré est recherché,

    est lu, est vu, entendu, copié. Visotsky était censuré en URSS, il était le poète -chanteur le plus lu et écouté. Elvis Presley a été censuré pour ses déhanchements

    langoureux évocateurs. Il est devenu le King et un Mythe. Aldous Huxley a étécensuré. Steinbeck, Baudelaire, Vian, Orwell, Flaubert, James Joyce et même Lewis Caroll, et .... la Bible et le Nouveau Testatment sous le Renaissance ......

    Vous connaissez non ? Voltaire disait " C'est le propre de la censure violente d' accréditer les opinions qu'elle attaque"

    Et la liste est tellement longue, ce ne sont que des exemples parmi des milliers d'autres.  

     

    DanyMasson

     

     

     

     

     Lisons plutôt le Docteur Mukwege et sa réaction quant à la censure 

     

    Réaction du docteur Denis MUKWEGE à l’occasion de l’interdiction de diffusion en RDC du film documentaire de Thierry Michel et Colette Braeckman « L’homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate » 

    C’est avec un grand regret que nous avons été informés de l’interdiction de diffusion en RDC du film documentaire de Thierry Michel et Colette Braeckman. 

    Nous avons assisté aux premières du film à La Haye, à Bruxelles, à Paris, et nous avions hâte que nos compatriotes puissent le voir dans leur pays. Ce film a été fait pour eux. Ce film leur appartient. 
    Sa censure met en évidence la volonté du gouvernement de refuser au peuple congolais son droit d’accès à l’information. Son histoire et son droit à la mémoire collective et à la vérité lui sont niés dans le but de mieux le manipuler et le contrôler. 

    En effet, nous vivons en RD Congo dans un climat d’oppression, de dégradation de la situation des droits humains et de rétrécissement de l’espace des libertés fondamentales. 

    Cette énième censure vient allonger la liste d’autres censures dont nous avons été victimes. 
    En 2008, alors que les Nations Unies venaient de décerner au peuple congolais, par notre entremise, le Prix des Droits de l’Homme en reconnaissance de sa lutte contre les violations de ses droits, il n’a jamais été informé de cette récompense. Les radios et les télévisions congolaises n’avaient pas été autorisées à présenter ni le prix, ni son lauréat. 

    Tout récemment, plus de 700 députés du Parlement européen et représentant les 28 Etats membres de l’Union Européenne ont, par un vote unanime, décerné le Prix Sakharov, par notre truchement, aux femmes congolaises victimes de violences sexuelles et basées sur le genre. Ce prix a reçu une résonance médiatique importante dans le monde entier, à l’exception de la RD Congo, où seules quelques personnes avisées en étaient informées. 
    Chacun garde également le souvenir des évènements de janvier 2015 qui avaient suivi les manifestations populaires contre la révision constitutionnelle, où une répression sanglante s’accompagnait du musèlement de la presse libre, de la coupure délibérée de l’Internet, du blocage des réseaux sociaux, du brouillage des faisceaux des radios et des télévisions tels que RFI. 

    Ces mesures liberticides n’honorent en rien les responsables qui les ont prises, pas plus qu’elles ne contribuent à l’amélioration de l’image du pays. 

    Aujourd’hui, il nous apparait incompréhensible que les témoignages des femmes et des acteurs de la société civile retraçant dans ce film documentaire la dure réalité vécue par des dizaines de milliers de femmes ces vingt dernières années, mais aussi leur faculté à retrouver la force de vivre avec dignité, puissent inquiéter outre mesure les autorités qui ont pris la décision de l’interdire. 

    Jésus a dit : « Vous connaitrez la vérité et la vérité vous rendra libres. » Gageons que cette mesure d’interdiction soit temporaire, car la vérité, même si elle dérange certains, a toujours vocation à voir le jour. 

    Docteur Denis MUKWEGE

     

     

    Belle et Bonne Journée

    Belle(s) et Bonne(s) Lecture(s)

    Aussi !

     

     

     

  • Luc Toussaint, Carnet de voyage, suite 7

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    Luc_Classe

     

    En réalité ce sont les notes issues du Carnet n° 4 de Luc.


    CARNET DE VOYAGE AU PAYS DES GRANDS LAC 2009 

     

     


    Par cette belle journée de soleil, c’est Bozi Boziana

    qui remplit l’espace de « L’Heure de Vérité » (CD

    de 2007) et mon regard par-dessus l’écran contemple

    l’étendue des eaux de la Meuse et de l’Ourthe à

    hauteur du jet d’eau près du pont de Fragnée. Je suis

    rentré au pays !

     

    Et j’écoute la guitare congolaise sur ma « bonne

    chaîne stéréo » à tout rompre. Ah ! la guitare

    congolaise, quel plaisir, quelle joie tu me donnes !

     

    C’est Franco et « L’OK Jazz » que je préfère, mais

    je ne peux me passer de Papa Wemba, ni de Pépé

    Kallé, ni de Zao….et de bien d’autres. Pour les

    amateurs de musique africaine des années 60 et 70,

    j’attire l’attention sur le fait que le petit magasin

          situé sur la rampe du Pont des Arches à 20 m

    des Olivettes - où l’on trouve toutes ces merveilles

     fermera ses portes définitivement fin de ce mois

     d’avril ! Il reste de bonnes affaires à faire comme

    on dit ici….

     

    Goma ! Que l’on y arrive par la route ou par les airs en

    hélicoptère, c’est d’abord et seulement le Nyiragongo

    qui captive et monopolise les yeux, puis les longues

    et larges coulées de lave aujourd’hui noire.

     

    Goma_vue_aérienne

     

    Oui, c’est cela, le volcan, impressionnant et majestueux,

    la tête dans les nuages du haut de ses 3 470 m. Il est là,

    omniprésent, il vit, il veille et la nuit ses émanations de

    fumées et de gaz rougeoient dans le ciel noir étoilé.

     

    Niyragongo001

     

    Autant la terre du Sud-Kivu et de Bukavu est rouge,

    autant à Goma, la terre est noire, les chemins, les bas

    -côtés de la route où subsiste un peu de tarmac, les

    bases des maisons faites de pierre de lave et tous les

    murets ainsi que de nombreuses cases et maisons.

     

    Coulée de lave Goma


    Nous prenons la route le long du Lac plein Ouest

    vers Minova, une route très encombrée et asphaltée

    à 60 %, non pas sur la longueur mais sur la largeur !

    Ce qui veut dire que les « nids de poules » ressemblent

    à des « nids d’éléphants » et que les bas-côtés se

    confondent à certains endroits au milieu de la chaussée.

    Mais il reste du tarmac et c’est appréciable.

    Sur cette route, c’est la guerre ! Des piétons, des vélos

    chargés comme des mulets et poussés par le cycliste,

    des motos-taxis,  des tchukudus, des combi Toyota

    transportant 22 à 25 personnes sans compter les sacs

    de farines, quelques poules et des cargaisons de feuilles

    de manioc sur les genoux des mamans, l’un ou l’autre

    camion surchargés de sacs en tous genres surmontés

    chacun par 25 à 50 voyageurs riants les cheveux au vent

    ……et des 4X4 souvent blanches des ONG.

     

    Les ONG, elles sont partout avec des 4X4 ! Souvent

    blanches, toujours pimpantes, avec de grosses antennes,

    des sigles et drapeaux : UNICEF, MSF, OXFAM,

    CARE, CROIX ROUGE etc sans oublier les convois

    de la Monuc, tantôt avec des véhicules militaires

    peints en blanc, tantôt comme tous les autres, en 4X4

    mais marqués UN !

     

    Niyragongo_0003

     

    Et tout ce monde, tous ces usagers déambulent, klaxonnent,

    crient, s’écartent, ne s’écartent pas, freinent puis accélèrent,

    s’arrêtent sans le moindre signal, chargent ou déchargent

    les passagers, et à droite de cette route en pagaille,

    tranquille en apparence, le Nyiragongo observe en silence

    ……pour le moment !

     

    VéloTransport


    Nous venons de parcourir 10 km, pas d’accident, aucun

    accrochage, la densité des usagers a diminué mais

    l’occupation de la route par les piétons et les vélos poussés

    ne se réduit pas. Il faut maintenir la vigilance d’autant que

    l’on peut enfin dépasser les 20 km/h.

     

    Les maisons de pierre de lave laissent progressivement la

    place à des cases et l’habitat de plus en plus clairsemé laisse

    la place aux hautes herbes, aux champs de canne à sucre,

    aux bananiers et autres plans de maïs puis, tout d’un coup,

    un champ de cabanes faites de branchages et coiffées d’une

    bâche de plastic apparaît. Il s’agit d’un camp de réfugiés,

    de déplacés par les combats au Nord-Kivu.

     

    En ce moment, le nombre de déplacés varie de 150 000 à

    200 000 pour la seule région de Goma.

     

    Camp_de_déplacés2

     

    Un mot à propos des tchukudus de Goma. Il s’agit de grands

    « vélos-trottinettes » en bois de conception et construction

    strictement locale. Je n’en ai vu nulle part ailleurs au Kivu.

    Ils servent à tout transporter mais principalement les sacs

    de farines et autres marchandises de poids, l’utilisateur le

    pousse en le soutenant sans « monter dessus ». Il faut

    rappeler que l’on ne voit pas de charrettes à bras (très rares

    exceptions), ni de chars ou remorques tirées par des

    animaux : les marchandises et l’eau sont transportées

    essentiellement par les femmes (et les filles) sur la tête ou

    le dos, plus rarement par les hommes et adolescents avec

    des vélos ou des tchukudus. 

     

    Tshuduku_Goma


    Camp de Mugunga :

     

    Comment expliquer ? Comment décrire ? Les émotions

    sont tellement fortes. Les sentiments explosent, suis-je

    « Au cœur des ténèbres » ?

     

    J’entre dans le camp situé entre la montagne et la vie, 

    la vie c’est la route longeant le lac, la route c’est le lien

    avec le monde : le monde des hommes qui circulent,

    vont et viennent, transportent des marchandises, du

    charbon de bois, des fruits et des légumes…..

     

    Dans le camp, je vois d’abord la nudité du sol noir,  la

    poussière de lave, l’alignement des cabanes de branchages

    surmontés d’une bâche de plastic, les « carrés douches et

    sanitaires » tamponnés OXFAM, puis des visages apparaissent.

     

    Les mamans se retournent, me fixent, je dis« Djambo »,

    « Bonjour », les enfants accourent, la vie surgit de partout.

    En un instant je suis entouré, mon chauffeur-guide-traducteur

    me suggère de rencontrer les chefs du camp. Après 5 minutes

    de recherches, des mamans m’encerclent et me dévisagent.

    En une minute, 30 personnes forment un cercle, des mamans,

    des papas, des enfants, l’un parmi eux me prend un doigt

    de la main. Ils sont 100, peut-être plus, et des dizaines d’enfants

    partout à hauteur de mes cuisses, partout et encore plus, mes

    doigts sont trop peu nombreux !

     

    Ils habitent là depuis longtemps, oui ils reçoivent des vivres

    distribués par les ONG : ration de haricots, ration de farine

    de manioc, ration d’huile de palme, ils ont de l’eau mais pas

    de légumes ni de fruits, pas même des oignons, ni des bananes

    ……Pour se procurer des légumes, il faut soit vendre sa force

    de travail aux villageois, soit aller chercher du bois de chauffage

    dans la montagne. Mais le chef du camp a prévenu, dans la

    montagne c’est l’insécurité, des femmes du camp ont été

    malmenées et violées !

     

    Selon certaines informations, les ONG réduisent progressivement

     l’approvisionnement en nourriture afin d’inciter au retour.

     

    En quittant le camp, mon chauffeur-guide-traducteur me racontera

    la conversation entre des enfants me tenant un doigt : un garçon

    de 6 à 8 ans dit autour de lui « C’est mon Blanc », et une petite

    fille de lui répondre « Si c’est ton Blanc, dis-nous combien tu

    as payé pour l’avoir ! ».

     

     

    Hôpital de Kirotche :

     

    A une heure de Goma sur la route de Minova, se trouve

    l’hôpital de Kirotche, l’ONG « Médecins Sans Frontières »

    y est très présente et active. C’est pourtant un établissement

    hospitalier classique de 200 lits, pourquoi visiter celui-ci !

     

    Il se trouve très proche des zones de combats et des exactions

    des FDLR (composés principalement des Hutus rwandais

    génocidaires réfugiés en RDC depuis 1994 grâce à la protection

    des soldats français de l’Opération turquoise), il compte parmi

    ses patients 8 blessés par balles. C’est prioritairement ces

    victimes qui seront rencontrées.

     

    Centre d'accueil


    Toutes sont originaires des mêmes villages situés à environ

    140 km, toutes sont arrivées par leurs propres moyens, soit

    à pied, seules – quatre jours de marche – soit secourues par

    des villageois (en relais) et transportées sur des civières faites

    de bambou et bananiers, toutes sont blessées par balles,

    parmi elles deux enfants de moins de 10 ans.

     

    Toutes ces victimes sont hors de danger, mais il faudra des

    soins de plusieurs semaines voire de plusieurs mois pour

    certaines d’entre elles. Mais pourquoi la Monuc (section

    « Droits de l’Homme) se déplace-t-elle pour ces victimes

    en particulier ? Tout simplement parce que, comme les

    prisonniers, les patients hospitalisés ne sont pas nourris par

    l’institution qui les héberge ! En effet, au Congo comme dans

    la plupart des pays africains, ce sont les familles qui nourrissent

    les patients ! A la condition qu’elles soient informées du lieu

    de l’hospitalisation et qu’il y ait proximité !

     

    Depuis ma rencontre avec cette réalité, je n’ai toujours pas

    très bien compris comment « MSF » n’a pas encore trouvé

    le moyen de nourrir les patients dont les familles sont

    éloignées et souvent ignorantes de la situation de leurs

    proches. Dans ce cas-ci, chaque victime reçoit 20 dollars

    US par semaine pour se nourrir.

     

     congo couverture

     

    Au travers de ces Carnets qui relatent en partie ma

    découverte du Pays des Grands Lacs, j’ai tenté de

    décrire mes aventures, d’exprimer mes sentiments

    et mes émotions.

     

    Mais ces relations sont évidemment très subjectives,

    tronquées, elles n’ont nullement pour objet de présenter

    ni le Kivu, ni le Congo de façon équilibrée et encore

    moins complète…

     

    Il existe dans toute bonne librairie de très nombreux

    ouvrages sur le Congo et les pays des Grands Lacs

    (Burundi, Rwanda, Ouganda, Tanzanie), je me permets

    d’attirer l’attention sur quelques-uns d’entre eux :

     

    Un ouvrage récent, un document remarquablement illustré

    de centaines de photos et d’informations tant sur l’histoire,

    l’architecture, la culture et les arts, l’économie, la faune…

    de ce grand pays que j’aime et qui me passionne :

    « Congo Pays magnifique » d’Alain Huart et Chantal

    Tombu aux éditions Weyrich africa (en rayons chez Pax

    et à la Fnac).

     

    Niyragongo_002

    Dans un tout autre registre, il faut lire les nouvelles de

    « Bibish », il s’agit d’une journaliste et écrivain de Kinshasa :

    « Samantha à Kinshasa » par Marie-Louise Mumbu aux

    éditions Le Cri et Afrique éditions.

     

    A ne pas rater non plus, le dernier film de Thierry Michel

    « Katanga Business » actuellement sur les écrans et

    notamment au cinéma Le Sauvenière à Liège.

     

    katanga-business-photo-affiche